• Gauche ou droite ?

    La pilarisation bicentenaire de notre société est remise en question. Aujourd’hui la tendance à l’ouverture se généralise à tous les partis, et contribue à la perte de spécificité de chacun.

    Le parti humaniste a remplacé le parti social chrétien et sème le trouble à la fois sur le plan politique et philosophique.
    Joëlle Milquet se situe au centre dans le champs socio-économique, mais ne se reconnaît pas à droite dans celui des enjeux de société non-matérialiste.
    Charles Michel nie à terme le clivage gauche-droite et veut sortir l’économique du débat.

    Un des arguments de ceux qui sont contre le cordon sanitaire (ce qui n’est pas notre cas) est que comme tous les partis se confondent en un bloc (si j’ose dire), on se coupe d’une opposition crédible, et seul l’extrême-droite joue ce rôle, risquant de bénéficier des voix des mécontents.

    L’électeur a de plus en plus de mal à exprimer son choix sur base d'arguments clairs, biens définis. Les partis ont une image lissée, comme les débats idéologiques, qui cèdent le pas à la démagogie et aux positions électoralistes. La démocratie nécessite pourtant le débat.

    Par ailleurs, on assiste à la perte de pouvoir du politique face aux enjeux économiques « qui le dépassent », comme on entend trop souvent dire.
    Les affaires qui font la une des journaux achèvent de ternir l’image du politique. Tout cela offre un terreau fertile aux slogans d’extrême-droite : « Tous pareils, tous pourris »

    piliers_1La laïcité évolue parallèlement. Des deux piliers de notre action, le politique prend le pas de plus en plus sur le philosophique, le Centre d'Action Laïque de la Province de Liège investissant principalement le premier, laissant le second traditionnellement aux comités locaux. Notre option laïque est cependant de défendre à tous niveaux, local et régional, les idéaux démocratiques en contribuant à redorer le blason du politique.

    Tant dans l’ancrage local des équipes de Seraing ou de Jupille que dans l’engagement des travailleurs dans les forums sociaux, dans les projets contre l’extrême-droite et pour la citoyenneté, dans les manifestations comme celles qui se tiendront lundi à l’occasion de l’installation des conseils communaux qui accueillent des élus d’ED (à Liège, Verviers et Dison), ils se situent pleinement dans le champs politique.

    Il est donc indispensable de se poser les questions fondamentales : comment nous situons-nous politiquement ? Quelles valeurs défendons-nous dans notre engagement ?

  • « Donnez-nous des armes »

    logo_ok_vivedemocratie_color_t6« Donnez-nous des armes » réclamait Paul Beliën, idéologue du Vlaams Belang, le 21 avril dernier sur son blog… Message reçu par cet adolescent, lecteur assidu de la prose « cyber-non éthique » des sites d’extrême droite, bercé de discours racistes et haineux serinés par ses parents et son entourage : en ce début du mois de mai, il passe à l’acte et massacre en pleine rue les incarnations à ses yeux des menaces qui planent sur l’Occident.

    Ce fait communément appelé « divers » malgré sa monstruosité nous rappelle le film de Michael Moor, « Bowling for Columbine », où d’autres adolescents empreints de la culture d’autodéfense armée, confortée sans doute par l’impérialisme guerrier de leur pays, vont prendre les armes achetées librement pour éliminer d’autres jeunes de leur école, au hasard de leurs rencontres.

    À Anvers, le choix des victimes est délibéré : les faciès qui ne correspondent pas à un idéal — qui relève du fétichisme — de race immaculée sont les cibles de la folie meurtrière de Hans Van Themsche.

    Après l’assassinat de Joe Van Holsbeek pour lui ravir son MP3, après l’agression commanditée d’un enseignant trop autoritaire aux yeux de deux de ses élèves, les symptômes des dysfonctionnements de la société pleuvent en ce moment et nous incitent à faire le point sur leurs origines.

    Le monde politique a tardé à prendre les décisions indispensables. La loi permettant de supprimer la dotation publique d’un parti ne respectant pas les droits de l’homme existe depuis 1999. Suivant des calculs et des stratégies électoralistes, son application a tardé en ce qui concerne le Vlaams Belang. De même, les propositions de loi réglementant sévèrement la vente et la possession d’armes sont restées lettres mortes pour des raisons liées semble-t-il aux freins activés par les lobbies des vendeurs d’armes. Et plutôt que de combattre avec force et conviction les discours populistes de l’extrême droite, certains partis injectent dans leur propre programme des thèses empruntées aux adversaires de la démocratie, donc à leurs ennemis !

    Le monde judiciaire tourne quant à lui en dérision les efforts fournis par les services de répression qui dans toute société ont pour fonction incontournable — même si elle doit être surveillée de près — de punir proportionnellement à la faute toute atteinte aux droits, à l’intégrité physique et aux intérêts des citoyens. Trop souvent, les agresseurs sont immédiatement relâchés par manque de place dans les maisons d’arrêt ou pour d’autres raisons inadmissibles, ce qui ruine tout l’effet attendu de la punition qui doit suivre logiquement chaque transgression de la règle sociale. Trop souvent, les appels à l’aide des victimes ou des personnes qui se sentent menacées sont ignorés, négligés par des forces de police qui se disent dépassées ou sont démotivées.

    L’éducation elle-même est en crise tant au sein de la famille que dans l’enseignement. Notre société de consommation n’offre en modèles à notre jeunesse que des valeurs liées à la possession de biens, à l’enrichissement personnel, aux plaisirs faciles et futiles, menant à l’égoïsme, au repli sur soi, à la peur et au rejet de l’autre, à la loi de la jungle, où survivre ne s’envisage que par la victoire du plus fort sur le plus faible.

    Mais où sont donc cachées et sauvegardées nos valeurs démocratiques, de solidarité, de bien-être collectif, de fraternité, de respect des libertés individuelles, d’égalité entre tous les êtres humains ? Quels remparts les abritent encore, quels vecteurs subsiste-t-il pour leur diffusion dans les esprits, les institutions, dans la culture du groupe, de la famille, de la société ?

    Le Centre d’Action Laïque de la Province de liège et ses associations fédérées n’ont pas attendu ces indices dramatiques pour agir. Depuis plusieurs années, les projets qui se développent sur l’ensemble du territoire, dans les écoles et auprès des publics adultes, contribuent au processus d’éducation, de sensibilisation, d’interpellation citoyenne vis-à-vis des instances politiques, des publics rencontrés au fil des actions, et de l’ensemble de la société civile. Les dynamiques enclenchées à Liège, Verviers et Waremme dans le cadre d’ « Osez la démocratie » prolongent et démultiplient les initiatives citoyennes menées en partenariat dans la Province de Liège. Les « Territoires de la Mémoire » dépassent même cet espace régional et sensibilisent l’ensemble de la Communauté française au devoir de vigilance face à l’intolérable courant de pensée antidémocratique.

    Que faire à ce stade ? Interdire les partis d’extrême droite ? Devons-nous susciter l’utilisation des armes liberticides pour supprimer ce chancre qui n’existe que par l’instrumentalisation des valeurs démocratiques ? Ne tombons pas dans le travers de ceux que nous combattons. Ne contribuons pas au développement des stratégies contraires à nos valeurs laïques dont la liberté constitue le pilier. Lors de son intervention devant les administrateurs et les travailleurs du CAL Province de Liège en janvier dernier, Jérôme Jamin nous proposait plutôt d’utiliser l’arsenal juridique, fruit des débats contradictoires inhérents à nos démocraties, pour contrôler et limiter le champ d’action des extrémismes dès qu’ils portent atteinte aux fondements de la démocratie. Il en faisait écho également à l’occasion du débat sur la RTBF le 14 mai dernier. Encore faut-il que ce cadre légal — comme la loi du 30 juillet 1981 tendant à punir l’incitation à la discrimination, à la haine ou à la violence à l’encontre des personnes ou des groupes en raison de leurs origines — soit activé sans retard et sans calcul opportuniste dès que la preuve est faite que l’on y contrevient.

    Les travailleurs du Centre d’Action Laïque et tous les volontaires de notre mouvement trouvent là leur responsabilité citoyenne. Ils ont fait la preuve de leur efficacité et de la force de leurs convictions. Ils sont devenus des partenaires incontournables dans la lutte contre les extrémismes, et dans les mobilisations de tous les démocrates pour garantir l’application légitime de la loi et des principes fondateurs de tous les acteurs responsables du bien-être de tous au sein de nos sociétés démocratiques, à savoir les pouvoirs législatif, judiciaire, les médias de service public, l’enseignement. L’associatif est une clef du système : il offre la possibilité d’exercer un contrôle sur ces pouvoirs, tout en garantissant par un cadre juridique son propre fonctionnement démocratique. Il constitue en outre un apprentissage de la démocratie pour ses membres, ainsi que leur formation afin d’acquérir toutes les capacités d’analyse, de réflexion, nécessaires à l’exercice de leur esprit critique.

    Ce sont là les armes que nous réclamons et que nous privilégierons encore dans l’ensemble de nos actions « pour que vive la démocratie », avec l’aide de tous nos partenaires et avec toute l’énergie que nous puisons dans nos valeurs humanistes.

  • Les règles de l’évolution

    darwinLes règles de l’évolution ont bien changé. Le Darwinisme, remis — erronément — en question dans certaines sociétés occidentales comme explication de la transformation de la nature, ne s’applique plus à notre monde humanisé, depuis l’apparition du premier outil créé par l’homo habilis. Ce qui distingue l’homme du monde animal est cette faculté qu’il possède à agir sur sa propre évolution. Dès l’utilisation de ces premiers outils, il a réussi à prolonger et améliorer ses capacités naturelles à agir sur le monde. Depuis la moitié du XXe siècle, il a donné la preuve qu’il possédait les outils de sa propre disparition. Hiroshima et Nagasaki l’ont expérimenté pendant plusieurs générations. Et aujourd’hui, en dressant la carte de son organisation génétique, il est à même de maîtriser sa propre mutation, sa procréation, en se passant du jeu sempiternel du hasard et de la nécessité qui a présidé au mécanisme de lente adaptation des éléments de la nature pour assurer leur survie.

    L’homme est donc capable du pire et du meilleur. Quel sera son choix ? Longtemps il lui fut dicté par les religions, car son immaturité ne lui permettait pas de fixer lui-même ses références de vie. Les religions n’ont certes pas disparu : elles ont, au contraire, tendance à refaire surface face à ce que Max Weber a appelé le « désenchantement du monde » provoqué par la lutte de la rationalité contre le dogmatisme. Si les dieux ne nous indiquent plus le bien et le mal, qui va nous proposer les valeurs qui fonderont notre évolution ?

    C’est là qu’apparaît l’humanisme qui remplace les injonctions fondées sur des finalités surnaturelles par des valeurs centrées sur l’homme. Mais ces valeurs ne sont plus imposées par la force. Elles impliquent une responsabilité personnelle, et donc une maturité à laquelle l’humanité n’est pas préparée car l’homme a aussi agi sur le rythme de l’évolution. Les siècles, les millénaires qui étaient nécessaires à la transformation de la nature prennent dans notre monde humanisé à peine quelques années. L’accélération exponentielle de sa mutation technologique n’a pas laissé le temps nécessaire à l’adaptation des cadres de référence, et nous sommes confrontés à un vide quant aux finalités de ce développement. Nous en revenons à une forme nouvelle de la loi de la jungle, où le plus fort, le mieux adapté donc, règne en maître sur les plus faibles. L’outil de survie actuel est l’argent, que l’on se dispute comme les produits primordiaux de la planète que sont l’oxygène, l’eau, le pétrole et toutes les matières premières.

    Certains cependant tentent de reconstruire un monde humain sur des valeurs positives, basées sur le bien commun, S’il n’existe plus de Loi surnaturelle pour nous montrer la voie de notre salut, il convient d’y substituer les valeurs humanistes. Cette tâche constitue tout le fondement de la laïcité, pour plus de liberté, d’égalité et de fraternité dans le monde.

    Les associations laïques contribuent à cette reconstruction du monde et à substituer aux lois de l’ « éternel hier », des valeurs progressives et solidaires. Les élections communales viennent de nous donner l’occasion de faire entendre notre voix — au propre comme au figuré — pour que ceux qui ont décidé d’agir sur le monde en s’engageant dans les rouages de la démocratie sachent que les citoyens attendent d’autres choix que ceux qui nous sont imposés par des enjeux internationaux d’évolution économique. Et la réponse que nous soumettons aux interpellations fondées de ceux qui souffrent de la loi du plus fort ne passe pas par la violence des extrémismes. Elle fait appel à la responsabilité de l’humain, quelle que soit la place qu’il occupe dans la société, du simple citoyen, véritable premier niveau de la démocratie, aux acteurs politiques, qui détiennent un mandat de leurs concitoyens, jusqu’aux détenteurs du pouvoir dominant, financier, qui ne peuvent se revendiquer d’aucun mandat, sinon celui de leur propre bien-être.