• 6O° anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme

    Declaracion Universal de los Derechos Humanos_ONULOGOComme son nom l’indique, la Déclaration Universelle des Droits Humains constitue une référence universelle. Et cependant, de plus en plus ce caractère universel est remis en question. Le communautarisme, les particularismes, les spécificités culturelles, l’emprise renouvelée des religions conjuguent leurs attaques, leurs critiques, utilisant des arguments relevant eux-mêmes des droits fondamentaux à la liberté d’opinion, d’expression, à l’autodétermination des peuples pour se dédouaner du respect de cette charte, au sens de règle fondamentale, censée s'appliquer au genre humain (1) . La notion de tolérance est détournée de sa finalité profonde pour réclamer son indépendance et son droit de se choisir son propre cadre, fusse-t-il défavorable ou discriminatoire par rapport à une tranche de population. Le 11 septembre a joué aussi un rôle dans l’entreprise de grignotage des droits de l’homme et de leur caractère universel, sous prétexte de lutte anti-terrorisme. L’ONU elle-même est en totale dérive par rapport à ce principe. De nombreux pays n’ont pas intérêt à la non différenciation face aux DH. Ils veulent protéger leur pleine capacité d’intervention pour régler leurs comptes, sans devoir en rendre à qui que ce soit. (2)

    Une société de progrès ne se conçoit pourtant pas sans cette référence qui fixe les jalons de l’évolution de l’humanité. Or l’opportunité du progrès est elle-même remise en question. C’est que les représentations du monde idéal sont diverses et parfois en totale contradiction. Certains prônent un retour à des civilisations patriarcales, à des régimes autoritaires, sans nuances, prêts à tout sacrifice, y compris humain pour que prédominent leurs valeurs, leur représentation de la société idéale, sans compromissions.

    Les enjeux ne sont pas qu’internationaux. Aujourd’hui, au sein même de la société occidentale, notre système de droit ne devrait plus s’appliquer à tous. Des voix réclament une application des lois correspondant aux pays ou aux religions d’origine des individus. Les règlements des institutions et des services publics devraient s’adapter aux édits des communautés auxquelles appartiennent les personnes concernées. Il en va ainsi du système de santé (transfusions sanguines refusées, médecins féminins exigés…), de l’école (le créationnisme opposé à l’évolutionnisme, attributs vestimentaires en contradiction avec le règlement…), du droit familial (mariages forcés, discriminations sexuelles, excisions…). On va jusqu’à revendiquer l’application de la Charia pour punir les auteurs musulmans de délits, substituant des tribunaux islamiques au système pénal de nos pays.

    Et lorsque ces déviances sont dénoncées, ont accuse les contradicteurs d’intolérance et de racisme, d’irrespect des cultures exogènes. On oppose les notions particulières de liberté, comme par exemple cet interdit de représentation du prophète en image dans une société où la liberté de la presse est garantie, ou la liberté de porter le voile la où le port du couvre-chef est interdit, alors que l’on sait que des femmes ne se soumettent pas à cette coutume librement, mais bien sous la pression des hommes.

    Et cette notion de liberté est par ailleurs soumise à des interprétations diverses entre individus d’une même société. On le perçoit dans cette contradiction entre la notion de liberté d’expression et d’opinion qui permet de relayer des thèses d’extrême droite mettant en péril précisément les libertés des citoyens. Le texte de la DUDH permet-il de prendre attitude dans ce genre de débat ? Nous avons tendance à le croire, encore faut-il le vérifier, apprendre à utiliser cet outil, et arriver à le défendre face à des initiatives qui revisitent le droit universel, comme la Convention européenne des droits de l’homme, en retrait par rapport au texte universel. Notre système de droit est aussi mis à mal par les régles du commerce international qui semblent de plus en plus être considérées comme la réelle référence universelle. A quand la DUDF : la Déclaration Universelle des Droits de la Finance ?

    Voilà pourquoi il nous apparaît indispensable et urgent de mettre en question notre texte, voté par l’ONU en 1948, qui trouve son origine dans la révolution française (3), de le mettre à l’épreuve de l’actualité, de le confronter à notre quotidien, à des situations que nous sommes appelés à rencontrer de plus en plus dans notre travail, dans nos milieux de vie., dans l’actualité. C’est tout le sens des débats citoyens à l'occasion des multiples rendez-vous fixés par nos associations et par le CAL Province de Liège. Ils devraient nous aider à choisir des attitudes cohérentes avec nos valeurs, et à adopter des stratégies de défense des textes fondateurs de la société idéale que nous sommes appelés à construire pour les générations à venir. Nous aidant ainsi à toujours privilégier la réflexion et la raison aux injonctions.


    1 Malheureusement, en termes de droit, cette déclaration n’a de valeur que de recommandation et n’a pu être traduite telle quelle dans les légistations nationales.


    2 Journaliste à l'ONU depuis 1970 et auteur d'un livre intitulé L'ONU contre les droits de l'homme (Mille et une nuits, 2003, avec Claude B. Levenson), Jean-Claude Buhrer est encore plus pessimiste: "L'acharnement à détourner le Conseil de ses objectifs est tel qu'il devient nécessaire de s'interroger sur l'avenir de cet organe. Il est en train de vider de leur substance les principes qu'il est censé promouvoir et défendre."


    3 Déclaration des droits de l’homme et du citoyen