Responsabilité politique

J'ai apprécié l'éditorial de Colette Braeckman dans le Soir du 4 juin, notamment lorsqu'en reconnaissant une certaine cohérence dans les propos de De Gucht sur la problématique du Congo, elle met en garde sur le fait que sa position de Ministre l'oblige à faire preuve de diplomatie, et non de se laisser aller à des pulsions ou des élans personnels !

Cela m'a fait penser à la réaction de la Garde des Sceaux française Rachida Dati dans l'affaire du mariage annulé par le Tribunal de grande instance de Lille. Elle fut conspuée par l'Assemblée Nationale parce qu'elle prenait la défense du juge, justifiant sa position par le fait que le jugement "protégeait" la jeune femme qui demandait elle-même, semble-t-il, l'annulation de son divorce.

Rachida Dati évoque un second argument, lié à son expérience personnelle : elle-aussi, jadis, a demandé à ce qu'on annule son mariage, parce qu'elle s'était rendu compte — un peu tard — qu'elle n'avait rien à partager avec l'homme qu'elle venait d'épouser. Le prononcé du divorce prit plusieurs années, et elle n'aurait pas souhaité que cela arrive dans la situation actuelle à la jeune épouse.

Voilà deux arguments indignes d'une position politique protégeant le bien de la société en général et des femmes en particulier : le premier argument visant à protéger un individu au détriment de l'intérêt de la condition féminine dans son ensemble, l'autre provenant d'une expérience personnelle influençant son jugement dans ce qui relève d'une décision de justice impliquant par la jurisprudence éventuelle des conséquences indignes du respect de la dignité des femmes. Celles-ci redoubleront dès lors leurs demandes de réfections d'hymen auxquelles les gynécologues sont de plus en plus confrontés. Une dynamique cédant aux pressions religieuses et culturelles d'une communauté, contraire aux principes fondateurs de la République, ou du caractère laïque nécessaire à tout Etat qui se veut démocratique.

L'opinion publique doit pouvoir s'exprimer, mais le politique doit prendre le parti du plus grand nombre, en décidant dans le sens du projet de société qu'il défend, fort du pouvoir délégué par le peuple qui l'a élu.



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