• Séparation de la science et de la religion

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    Tout comme Copernic et Galilée avant lui lorsque leurs découvertes furent rendues publiques, Darwin fit l’objet de nombreuses attaques des religions dès la publication de son œuvre révolutionnaire : « L’Origine des espèces ». Opposer ainsi ce qu’il appela d’abord prudemment sa « théorie de la descendance avec modifications » aux explications « fixistes » de la création du monde et des êtres vivants assénées par des milieux religieux revendiquant une interprétation littérale des Ecritures relevait d’un défi aux accents lucifériens.


    En voici un exemple, sous la forme d’une passe d’armes entre le lieutenant musclé de Darwin, Thomas Huxley, et l’évêque anglican d’Oxford, Wilberforce, los de la réunion annuelle de l’Association britannique pour l’avancement des sciences, en 1860 :


    — Wilberforce : « Monsieur Huxley, descendez-vous du singe par votre grand-père ou par votre grand-mère ? »
    — Huxley : « Je rougirais plutôt d’avoir un ancêtre comme l’évêque qui se mèle de problèmes qu’il ne connaît pas dans le seul but de les embrouiller ».


    Mais la position de la religion a heureusement évolué. Ainsi il y a tout juste 100 ans, alors que l’on célébrait le centenaire de Darwin et le demi-siècle de son œuvre majeure, le chanoine belge Henri  de Dorlodot, géologue et théologien, échafaudait une argumentation selon laquelle la théorie de l’évolution n’entrait pas en contradiction avec les textes bibliques relatant la création, qu’il qualifait d’allégoriques.


    Réaffirmer avec fermeté tout le fondement de la théorie de l’évolution, même revisitée à l’aune des découvertes scientifiques qui suivirent, pourrait donc apparaître comme une démarche désuette aujourd’hui, en 2009.


    Et pourtant, certains courants fondamentalistes protestants du Sud des Etats-Unis n’ont pas déposé les armes. Dès 1925, un jeune enseignant du Tennessee se voyait intenté un procès pour avoir enseigné la théorie de l’évolution en classe. Aujourd’hui encore, ces courants religieux exercent un lobbying intense afin que le créationnisme soit réintroduit en tant que théorie scientifique dans le cursus scolaire.


    Une autre thèse s’est fait jour pour remettre en question l’évolutionnisme : celle du dessein intelligent, selon lequel d’aucuns refusent d’admettre qu’un tel perfectionnement de la nature, une telle complexité dans l’adaptation des êtres vivants puissent relever du hasard pur. Ce degré d’évolution ne peut qu’avoir été « dirigé », selon un plan très précis, responsable de la parfaite configuration du vivant et à sa capacité à se reproduire selon des lois d’une complexité incompréhensible pour certains.


    Et dans nos écoles européennes aujourd’hui, la menace gronde. En Italie, un décret pris en 2004 par la ministre de l'Education, Letizia Moratti, interdit l’enseignement de la théorie de l'évolution dans les lycées de la péninsule. Dans les nouveaux programmes officiels, il n’est plus fait mention de l'histoire de l'évolution de l'homme, ni des relations entre les différentes espèces, jusqu’en 2005 où la pression scientifique aboutit à la suppression du décret.


    En Belgique et dans toute l’Europe, un Atlas de la création, de 770 pages richement illustré, édité en décembre 2006 en Turquie, a été distribué gratuitement dans les établissements scolaires et dans des institutions éducatives et culturelles. Dix mille exemplaires de cet ouvrage furent imprimés. Il était signé par un certain Harun Yahya, le pseudonyme d'Adnan Oktar, un "intellectuel" turc auteur de dizaines d'ouvrages depuis les années 1980.


    Il entre bien dans les prérogatives du mouvement laïque de s’élever contre le retour de l’obscurantisme en réclamant, au même titre que la séparation entre les églises et l’Etat, la séparation de la religion et de la science. La première doit être limitée au service de ses fidèles, la seconde est universelle, et reste la seule à pouvoir traduire, selon les connaissances contemporaines et dans ces seules limites, l’histoire de l’univers, de l’apparition de la vie sur terre, et de son évolution jusqu’à nos jours et au-delà.