La gloire n'est pas contraire à la raison, mais peut en naître. (Proposition LVIII)

Ce que l'on appelle vaine gloire est la satisfaction intérieure que favorise la seule opinion de la foule ; cette opinion cessant, la satisfaction cesse également, c'est-à-dire le souverain bien que chacun aime. D'où vient que celui qui est fier de l'opinion de la foule, quotidiennement soucieux, s'efforce, travaille et s'applique à conserver sa réputation. La foule, en effet, est diverse et inconstante, et si on ne maintient sa réputation, elle se perd vite. Bien plus, comme tous désirent attirer les applaudissements de la foule, chacun est toujours prêt à étouffer la réputation d'autrui ; et donc, puisqu'il s'agit d'un combat sur ce qu'on estime le souverain bien, il naît une furieuse envie de s'accabler les uns les autres par n'importe quel moyen, et celui qui enfin sort victorieux est plus fier d'avoir nui à autrui que d'avoir été utile à soi-même. Cette gloire ou satisfaction est donc réellement vaine, parce qu'elle n'est rien.

Spinoza, L'Ethique, De la servitude humaine.

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