Général

  • Une construction du concept de laïcité dans le cadre de la philosophie politique classique

    1° Cette construction remonte d’abord à la pensée de Locke (fin XVIIe siècle) qui établit objectivement la distinction entre foi et loi, et qui pose de manière décisive la question de la nature du lien politique.
    2° Une seconde étape, avec la pensée de Bayle, déverrouille le problème de l’incroyance comme défi à la constitution du lien politique ; elle mène au concept subjectif de la laïcité.
    3° La construction du concept objectif de laïcité s’effectue au moment de la Révolution française avec la pensée de Condorcet qui fait l’économie du contractualisme. Tous les éléments philosophiques sont alors réunis pour l’achèvement du concept actuel de laïcité, et notamment la thèse d’un minimalisme de la théorie politique républicaine. Cela conduira à quelques considérations sur l’actualité récente.
    On s’étonnera peut-être que les étapes et les textes parcourus soient pour la plupart antérieurs à l’apparition du terme « laïcité » : c’est qu’ils sont fondateurs non pas au sens d’une origine, mais au sens d’un commencement dans la pensée.

    Catherine Kintzler, Philosophe, auteur de "Qu'est-ce que la laïcité ?" (éd. Vrin).

  • La laïcité internationale

     La laïcité s’est développée en Belgique dans un contexte défavorable pour les libre-penseurs. Notre Etat, imprégné de l’influence de l’Eglise, a incité les premiers militants sans confession à mener une âpre lutte en faveur de la séparation du spirituel et du temporel, alors que nos voisins français par exemple n’en ressentaient pas le besoin puisque les fondateurs de leur république avaient inséré cette notion dans les fondements mêmes de leur cadre constitutionnel. Il y a 40 ans, les militants laïques belges prirent la décision de se structurer afin de conjuguer leurs efforts pour conscientiser la population et interpeller les pouvoir publics sur l’injustice ressentie par les non croyants, une injustice qui apparut de manière criante lorsque les victimes de l’incendie de l’ « Innovation » reçurent un hommage religieux de la société civile et des  autorités publiques  sans aucune considération pour les options philosophiques respectives des victimes et de leur famille. Depuis lors, et surtout depuis deux décennies, la mouvance laïque a permis que se développe un respect grandissant – mais pas encore absolu, loin s’en faut - du principe d’égalité  de considération et de droits pour les personnes qui ne se retrouvent pas dans le moule de la religion majoritaire et officielle de l’Etat belge.

    Notre histoire a fait en sorte que des avancées déterminantes dans les choix éthiques furent acquises, à tel point qu’aujourd’hui les positions défendues dans des matières relatives à la personne humaine ont trouvé leur traduction dans un système législatif libéré du poids de l’obscurantisme. Les lois régissant  l’avortement, la contraception, l’euthanasie, l’acharnement thérapeutique, le mariage des homosexuels, l’expérimentation sur les cellules souches connurent une évolution sensible, qui fait aujourd’hui de notre pays un Etat qui se situe parmi les plus avancés dans ces domaines sur la scène internationale.

    Cependant, la construction de la communauté européenne au-delà des accords économiques nous replace dans le contexte d’une société aux influences multiples, aux côtés de pays plus soumis aux influences religieuses. Les tentatives de mouvements confessionnels trouvent des relais efficaces dans le monde politique, à tel point que certains élus ne se contentent plus de considérer les Eglises comme de simples groupes de pression, mais en font de véritables interlocuteurs lorsqu’il s’agit de légiférer sur des problématiques sociétales et des matières éthiques.

    Cette nouvelle donne a ravivé encore la détermination des défenseurs de la raison. Or, les porteurs des idées laïques sont rarement aussi organisés qu’ils ne le sont dans notre pays. Il est dès lors de la responsabilité de nos élus, et certains s’y emploient avec toute leur énergie, de diffuser leurs mises en garde et de défendre les intérêts de la communauté non-confessionnelle auprès de leurs collègues. Si la communauté laïque fut divisée lorsqu’il s’est agi d’accepter ou de refuser d’être considérée sur un pied d’égalité (encore relative) avec les religions, la laïcité organisée et reconnue officiellement chez nous depuis 2002 constitue finalement un modèle  dont pourraient s’inspirer les constructeurs de l’espace européen.

    Puisque les mouvements religieux n’acceptent pas de limiter leur champ d’action et d’influence à la sphère privée, il nous revient de contribuer activement à organiser la résistance à l’échelle internationale — européenne et même mondiale — et d’exiger que des décrets visant l’ensemble de la communauté ne soient pas influencés par des positions de groupes particuliers, qui tentent d’imposer à l’ensemble de la population des valeurs propres à leurs adhérents.


    Hervé Persain.

    in S&F n° 65

  • La gloire n'est pas contraire à la raison, mais peut en naître. (Proposition LVIII)

    Ce que l'on appelle vaine gloire est la satisfaction intérieure que favorise la seule opinion de la foule ; cette opinion cessant, la satisfaction cesse également, c'est-à-dire le souverain bien que chacun aime. D'où vient que celui qui est fier de l'opinion de la foule, quotidiennement soucieux, s'efforce, travaille et s'applique à conserver sa réputation. La foule, en effet, est diverse et inconstante, et si on ne maintient sa réputation, elle se perd vite. Bien plus, comme tous désirent attirer les applaudissements de la foule, chacun est toujours prêt à étouffer la réputation d'autrui ; et donc, puisqu'il s'agit d'un combat sur ce qu'on estime le souverain bien, il naît une furieuse envie de s'accabler les uns les autres par n'importe quel moyen, et celui qui enfin sort victorieux est plus fier d'avoir nui à autrui que d'avoir été utile à soi-même. Cette gloire ou satisfaction est donc réellement vaine, parce qu'elle n'est rien.

    Spinoza, L'Ethique, De la servitude humaine.

  • L'orgueilleux aime la présence des parasites et des flatteurs, mais il hait celle des âmes généreuses. (Proposition LVII)

    L'orgueil est la joie qui naît de ce que l'homme a de soi une meilleure opinion qu'il n'est juste ; et l'homme orgueilleux s'efforcera, autant qu'il peut, de favoriser cette opinion ; ainsi les orgueilleux aimeront la présence des parasites ou des flatteurs, et fuiront celle des âmes généreuses, qui ont d'eux l'opinion qui est juste.

    Spinoza, L'Ethique, De la servitude humaine.

     

  • Séparation de la science et de la religion

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    Tout comme Copernic et Galilée avant lui lorsque leurs découvertes furent rendues publiques, Darwin fit l’objet de nombreuses attaques des religions dès la publication de son œuvre révolutionnaire : « L’Origine des espèces ». Opposer ainsi ce qu’il appela d’abord prudemment sa « théorie de la descendance avec modifications » aux explications « fixistes » de la création du monde et des êtres vivants assénées par des milieux religieux revendiquant une interprétation littérale des Ecritures relevait d’un défi aux accents lucifériens.


    En voici un exemple, sous la forme d’une passe d’armes entre le lieutenant musclé de Darwin, Thomas Huxley, et l’évêque anglican d’Oxford, Wilberforce, los de la réunion annuelle de l’Association britannique pour l’avancement des sciences, en 1860 :


    — Wilberforce : « Monsieur Huxley, descendez-vous du singe par votre grand-père ou par votre grand-mère ? »
    — Huxley : « Je rougirais plutôt d’avoir un ancêtre comme l’évêque qui se mèle de problèmes qu’il ne connaît pas dans le seul but de les embrouiller ».


    Mais la position de la religion a heureusement évolué. Ainsi il y a tout juste 100 ans, alors que l’on célébrait le centenaire de Darwin et le demi-siècle de son œuvre majeure, le chanoine belge Henri  de Dorlodot, géologue et théologien, échafaudait une argumentation selon laquelle la théorie de l’évolution n’entrait pas en contradiction avec les textes bibliques relatant la création, qu’il qualifait d’allégoriques.


    Réaffirmer avec fermeté tout le fondement de la théorie de l’évolution, même revisitée à l’aune des découvertes scientifiques qui suivirent, pourrait donc apparaître comme une démarche désuette aujourd’hui, en 2009.


    Et pourtant, certains courants fondamentalistes protestants du Sud des Etats-Unis n’ont pas déposé les armes. Dès 1925, un jeune enseignant du Tennessee se voyait intenté un procès pour avoir enseigné la théorie de l’évolution en classe. Aujourd’hui encore, ces courants religieux exercent un lobbying intense afin que le créationnisme soit réintroduit en tant que théorie scientifique dans le cursus scolaire.


    Une autre thèse s’est fait jour pour remettre en question l’évolutionnisme : celle du dessein intelligent, selon lequel d’aucuns refusent d’admettre qu’un tel perfectionnement de la nature, une telle complexité dans l’adaptation des êtres vivants puissent relever du hasard pur. Ce degré d’évolution ne peut qu’avoir été « dirigé », selon un plan très précis, responsable de la parfaite configuration du vivant et à sa capacité à se reproduire selon des lois d’une complexité incompréhensible pour certains.


    Et dans nos écoles européennes aujourd’hui, la menace gronde. En Italie, un décret pris en 2004 par la ministre de l'Education, Letizia Moratti, interdit l’enseignement de la théorie de l'évolution dans les lycées de la péninsule. Dans les nouveaux programmes officiels, il n’est plus fait mention de l'histoire de l'évolution de l'homme, ni des relations entre les différentes espèces, jusqu’en 2005 où la pression scientifique aboutit à la suppression du décret.


    En Belgique et dans toute l’Europe, un Atlas de la création, de 770 pages richement illustré, édité en décembre 2006 en Turquie, a été distribué gratuitement dans les établissements scolaires et dans des institutions éducatives et culturelles. Dix mille exemplaires de cet ouvrage furent imprimés. Il était signé par un certain Harun Yahya, le pseudonyme d'Adnan Oktar, un "intellectuel" turc auteur de dizaines d'ouvrages depuis les années 1980.


    Il entre bien dans les prérogatives du mouvement laïque de s’élever contre le retour de l’obscurantisme en réclamant, au même titre que la séparation entre les églises et l’Etat, la séparation de la religion et de la science. La première doit être limitée au service de ses fidèles, la seconde est universelle, et reste la seule à pouvoir traduire, selon les connaissances contemporaines et dans ces seules limites, l’histoire de l’univers, de l’apparition de la vie sur terre, et de son évolution jusqu’à nos jours et au-delà.

  • Laïques ? Votre opinion nous intéresse !

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    A la demande du CAL de la Province de Liège, le CLEO (Ulg) mène actuellement une enquête en ligne portant sur la laïcité dans notre région. Les questions y abordent la perception que vous avez de la laïcité en général ainsi que des valeurs qui la définissent. Votre participation est nécessaire au bon fonctionnement de notre travail, nous vous en remercions d’avance ! Nous vous prierons de bien lire les consignes avant de répondre aux questions. L’Université de Liège vous assure la confidentialité des résultats. Seuls les résultats globaux seront divulgués au CAL Liège. Avez-vous un peu de temps à nous consacrer ?

    Il y a 38 questions dans ce questionnaire. Il suffit de cliquer sur l'image ci-dessus pour y répondre…

  • Plan stratégique du CAL

    Le 15 mars dernier, l'AG du CAL COM s’est penchée sur le plan stratégique proposant les bases de réflexions qui permettront de dessiner l'avenir à moyen terme de notre mouvement. La régionale de Liège a déjà porté toute son attention à la proposition initiale rédigée par le Président Pierre Galand, la Secrétaire générale Éliane Deproost et le Secrétaire général adjoint Jean De Brueker. Le Conseil d'Administration élargi aux Présidents d'Associations a consacré plusieurs moments d'analyse critique du texte et a formulé des amendements qui pour la plupart ont été pris en compte — comme ceux d'autres régionales d'ailleurs — par le conseil de direction et le Conseil d'Administration du CAL COM.  Sans gommer les spécificités des régionales et des associations constitutives, l'idée même de Mouvement implique des lignes directrices communes aux différentes instances qui le composent. Ce plan stratégique ouvre diverses directions qui baliseront notre cheminement, mais les voies que nous emprunterons pour tendre vers les finalités qui nous rassemblent dépendront des outils dont nous disposons chacun, des itinéraires imposés par notre expérience particulière et des méthodes que nous avons éprouvées au fil de cette expérience.   Il en ira de même de l'implication des associations membres du CAL Province de Liège. Leur participation à la démarche générale sera adaptée aux voies et moyens développés par chacune. Loin de constituer un obstacle à l'efficacité de la stratégie du mouvement, ces options particulières en constitueront toute la richesse.

    Notre démarche de consultation ne s’arrête cependant pas là. Nous attendons également de notre mouvement qu’il se situe au plus proche des citoyens, qu'ils fréquentent ou non activement notre mouvement. Nous devons informer l'ensemble de la société de nos points de vue et de nos positions sur l'organisation de celle-ci. Il serait vain de ne travailler qu'en cercles fermés, et de ne partager nos idées qu'avec un public interne, convaincu déjà de l'adéquation de nos options sociétales et de l'opportunité de nos démarches.  C'est pourquoi il est fondamental et fidèle à nos principes que chaque association membre, chaque individu impliqué dans le mouvement, chaque partenaire de nos projets, chaque personne qui s’intéresse à notre philosophie laïque s'approprient ce plan stratégique et puissent l'alimenter de son propre regard, de son analyse propre, et contribuent avec ses moyens à la construction d'une société laïque au modèle adapté aux mutations profondes et exponentielles du monde contemporain, un modèle en prise sur les réalités vécues par nos diverses composantes.   De nombreux chantiers nous attendent : les différents axes du plan stratégique proposent de réinterpeller nos valeurs laïques face aux nouveau défis et à les traduire dans un langage réactualisé et signifiant même pour les “non-initiés” à nos valeurs.


    La sensibilité du CAL Province de Liège le pousse à privilégier le pan de réflexion consacré aux comportements dits laïques par rapport à des faits de société ou des attitudes à adopter face à des choix éthiques. A maintes reprises nous avons interpellé le monde politique ou les institutions par rapport à des attitudes qui ne nous semblaient pas respectueuses de l’ensemble des citoyens, privilégiant les adeptes de communautés de pensée particulières. Notre vigilance quant au principe de séparation de l’état et de la sphère d’influence des religions ne s’est jamais relâchée. Depuis un certain temps maintenant, nous sommes sollicités par des partenaires qui se revendiquent ou non des options laïques. Notre action citoyenne doit apporter des réponses à ces interpellations qui touchent aux milieux de l’école, du planning familial, de la santé, du service public…

    C’est pourquoi nous souhaitons être interpellés aussi par les citoyens eux-mêmes, à partir — sans que cela soit limitatif — du texte du plan stratégique que vous trouverez dans la double page de Salut & Fraternité n° 62 (disponible sur demande). La convention qui se profile à l’horizon 2009 saura alors s’inspirer de vos réactions personnelles, de vos commentaires critiques sur notre mouvement et ses fondements pour que notre avenir soit en phase avec les interrogations du monde contemporain dans son ensemble. Envoyez-nous vos réactions, participez bien sûr aux multiples rendez-vous que nous vous fixerons dans les mois qui suivent, faites-nous part de vos sentiments, de vos interrogations, de vos souhaits. Nous les répercuterons dans les deux numéros suivants de Salut & Fraternité ainsi que sur le site du Cal Province de Liège. Car la mouvance laïque privilégie l’écoute, le dialogue, à tout prosélytisme qui laisserait croire que nous détenons toutes les réponses et la Vérité…

  • Les jeunes et l’engagement laïque

    N’est-il pas paradoxal que si peu de jeunes intègrent notre mouvement ? En effet, ils représentent une population qui fait souvent l’objet de toute l’attention des associations laïques. Et je ne parle pas spécialement des fêtes de la jeunesse laïque ou autres fêtes d’accueil ou de parrainage organisées par les volontaires de nos associations ou par la régionale.


    Prenons par exemple la récente réaction des Territoires de la Mémoire face à l’introduction de ce mécanisme discriminatoire que représente le « Mosquito », un appareil diffuseur d’ultrasons destiné à éloigner les jeunes — seuls capables de les entendre — des lieux où d’aucuns les estiment indésirables. La pétition lancée par Internet a réunit au moment de rédiger ces lignes près de 10.000 signatures ! Les Territoires de la Mémoire accueillent par ailleurs dans leur « Parcours symbolique » un nombre impressionnant de jeunes étudiants des écoles de la Communauté française et au-delà.


    D’autres activités ponctuelles ayant trait aux droits de l’homme, à la démocratie, à la citoyenneté, organisées par les Territoires, le CAL Province de Liège et ses associations membres réunissent des classes de tous les réseaux d’enseignement qui participent ainsi à une dynamique pédagogique qui figure parmi les objectifs privilégiés du mouvement. L’opération Triangle Rouge a rappelé et rappelle encore à des milliers de jeunes chaque année toute l’importance pour la démocratie de défendre nos valeurs de tolérance et de cultiver notre vigilance dans la lutte contre l’exclusion et l’extrême droite. Le Service Conception et Diffusion pédagogique du CAL Province de Liège, diffuse de nombreux outils à destination des enfants et des adolescents, bien qu’il concerne également le grand public.


    Dans un autre domaine, le CAL Province de Liège compte parmi ses membres trois Centres de Planning Familial. Si les jeunes n’en constituent pas le seul public, de nombreuses demandes sont liées à la contraception, à l’avortement, à la sexualité, qui concernent quand même prioritairement une population d’adolescents et de jeunes adultes. Les positions que nous défendons contre l’excision, les mariages forcés et le port du voile contribuent à défendre les libertés et la santé des jeunes filles et des jeunes femmes.


    Sur le plan des médias, des ciné-clubs Jeunesse sont proposés dans nos Espaces Laïcité de Jupille, Waremme et Seraing. La revue « Philéas et  Autobule » s’adresse à des lecteurs fréquentant l’enseignement fondamental.


    Ces exemples démontrent combien la laïcité est attentive aux respects des droits et au bien être de la jeunesse. Mais ils justifient aussi que l’on accueille au sein de la structure ce public privilégié afin qu’il nous aide à proposer des réponses toujours plus adéquates  aux problèmes et aux épreuves qu’il rencontre au quotidien. Quelques rencontres ont déjà été organisées à cette fin.  Nous lançons un appel à tous ceux et toutes celles qui souhaiteraient investir de leur temps et de leur énergie à nos côtés.

  • 6O° anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme

    Declaracion Universal de los Derechos Humanos_ONULOGOComme son nom l’indique, la Déclaration Universelle des Droits Humains constitue une référence universelle. Et cependant, de plus en plus ce caractère universel est remis en question. Le communautarisme, les particularismes, les spécificités culturelles, l’emprise renouvelée des religions conjuguent leurs attaques, leurs critiques, utilisant des arguments relevant eux-mêmes des droits fondamentaux à la liberté d’opinion, d’expression, à l’autodétermination des peuples pour se dédouaner du respect de cette charte, au sens de règle fondamentale, censée s'appliquer au genre humain (1) . La notion de tolérance est détournée de sa finalité profonde pour réclamer son indépendance et son droit de se choisir son propre cadre, fusse-t-il défavorable ou discriminatoire par rapport à une tranche de population. Le 11 septembre a joué aussi un rôle dans l’entreprise de grignotage des droits de l’homme et de leur caractère universel, sous prétexte de lutte anti-terrorisme. L’ONU elle-même est en totale dérive par rapport à ce principe. De nombreux pays n’ont pas intérêt à la non différenciation face aux DH. Ils veulent protéger leur pleine capacité d’intervention pour régler leurs comptes, sans devoir en rendre à qui que ce soit. (2)

    Une société de progrès ne se conçoit pourtant pas sans cette référence qui fixe les jalons de l’évolution de l’humanité. Or l’opportunité du progrès est elle-même remise en question. C’est que les représentations du monde idéal sont diverses et parfois en totale contradiction. Certains prônent un retour à des civilisations patriarcales, à des régimes autoritaires, sans nuances, prêts à tout sacrifice, y compris humain pour que prédominent leurs valeurs, leur représentation de la société idéale, sans compromissions.

    Les enjeux ne sont pas qu’internationaux. Aujourd’hui, au sein même de la société occidentale, notre système de droit ne devrait plus s’appliquer à tous. Des voix réclament une application des lois correspondant aux pays ou aux religions d’origine des individus. Les règlements des institutions et des services publics devraient s’adapter aux édits des communautés auxquelles appartiennent les personnes concernées. Il en va ainsi du système de santé (transfusions sanguines refusées, médecins féminins exigés…), de l’école (le créationnisme opposé à l’évolutionnisme, attributs vestimentaires en contradiction avec le règlement…), du droit familial (mariages forcés, discriminations sexuelles, excisions…). On va jusqu’à revendiquer l’application de la Charia pour punir les auteurs musulmans de délits, substituant des tribunaux islamiques au système pénal de nos pays.

    Et lorsque ces déviances sont dénoncées, ont accuse les contradicteurs d’intolérance et de racisme, d’irrespect des cultures exogènes. On oppose les notions particulières de liberté, comme par exemple cet interdit de représentation du prophète en image dans une société où la liberté de la presse est garantie, ou la liberté de porter le voile la où le port du couvre-chef est interdit, alors que l’on sait que des femmes ne se soumettent pas à cette coutume librement, mais bien sous la pression des hommes.

    Et cette notion de liberté est par ailleurs soumise à des interprétations diverses entre individus d’une même société. On le perçoit dans cette contradiction entre la notion de liberté d’expression et d’opinion qui permet de relayer des thèses d’extrême droite mettant en péril précisément les libertés des citoyens. Le texte de la DUDH permet-il de prendre attitude dans ce genre de débat ? Nous avons tendance à le croire, encore faut-il le vérifier, apprendre à utiliser cet outil, et arriver à le défendre face à des initiatives qui revisitent le droit universel, comme la Convention européenne des droits de l’homme, en retrait par rapport au texte universel. Notre système de droit est aussi mis à mal par les régles du commerce international qui semblent de plus en plus être considérées comme la réelle référence universelle. A quand la DUDF : la Déclaration Universelle des Droits de la Finance ?

    Voilà pourquoi il nous apparaît indispensable et urgent de mettre en question notre texte, voté par l’ONU en 1948, qui trouve son origine dans la révolution française (3), de le mettre à l’épreuve de l’actualité, de le confronter à notre quotidien, à des situations que nous sommes appelés à rencontrer de plus en plus dans notre travail, dans nos milieux de vie., dans l’actualité. C’est tout le sens des débats citoyens à l'occasion des multiples rendez-vous fixés par nos associations et par le CAL Province de Liège. Ils devraient nous aider à choisir des attitudes cohérentes avec nos valeurs, et à adopter des stratégies de défense des textes fondateurs de la société idéale que nous sommes appelés à construire pour les générations à venir. Nous aidant ainsi à toujours privilégier la réflexion et la raison aux injonctions.


    1 Malheureusement, en termes de droit, cette déclaration n’a de valeur que de recommandation et n’a pu être traduite telle quelle dans les légistations nationales.


    2 Journaliste à l'ONU depuis 1970 et auteur d'un livre intitulé L'ONU contre les droits de l'homme (Mille et une nuits, 2003, avec Claude B. Levenson), Jean-Claude Buhrer est encore plus pessimiste: "L'acharnement à détourner le Conseil de ses objectifs est tel qu'il devient nécessaire de s'interroger sur l'avenir de cet organe. Il est en train de vider de leur substance les principes qu'il est censé promouvoir et défendre."


    3 Déclaration des droits de l’homme et du citoyen

  • Nouvelle photo de l'ELW

    20070619_waremme_espaceL'inauguration de l'ELW a réunit ce samedi 29/9/07 une bonne centaine de sympathisants dont les Ministres Courard et Tarabella, le député-Bourgmestre Coëme, les députés Meureau et Collignon,  le 1er député provincial Gilles, ainsi que des bourgmestres, échevins et conseillers communaux de la région. Plusieurs associations laïques et des administrateurs du CAL étaient aussi présents.
    Comme l'a dit notre Présidente Jacqueline Gihousse, la Maison de la Laïcité a un nouveau toit, qui accueillera ceux qui, "dans un esprit indépendant de toute confession, optent pour une société plus juste, plus fraternelle en favorisant l’autonomie et la responsabilité des individus et des collectivités".

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  • Retro septembre 2006 : l’exposition « Au cœur du labyrinthe institutionnel belge et européen »

    jperd Le résultat en fait d’une volonté partagée par des partenaires publics et associatifs de soutenir la démocratie et de lutter contre l’extrême droite.Des bibliothèques publiques (dont celle du Jardin Perdu) et des librairies, en Province de Liège, ont souhaité manifester leur attachement à la démocratie, en signant la charte « Aux livres, citoyens ! ».

    Cette opération a été initiée par le Centre d’Action Laïque de la Province de Liège etl’ASBL les « Territoires de la Mémoire » et s’est tenue à la bibliothèque du Jardin Perdu, à Seraing.

    Voir l'article complet de Proxi-Liège en cliquant sur la photo.

  • Gauche ou droite ?

    La pilarisation bicentenaire de notre société est remise en question. Aujourd’hui la tendance à l’ouverture se généralise à tous les partis, et contribue à la perte de spécificité de chacun.

    Le parti humaniste a remplacé le parti social chrétien et sème le trouble à la fois sur le plan politique et philosophique.
    Joëlle Milquet se situe au centre dans le champs socio-économique, mais ne se reconnaît pas à droite dans celui des enjeux de société non-matérialiste.
    Charles Michel nie à terme le clivage gauche-droite et veut sortir l’économique du débat.

    Un des arguments de ceux qui sont contre le cordon sanitaire (ce qui n’est pas notre cas) est que comme tous les partis se confondent en un bloc (si j’ose dire), on se coupe d’une opposition crédible, et seul l’extrême-droite joue ce rôle, risquant de bénéficier des voix des mécontents.

    L’électeur a de plus en plus de mal à exprimer son choix sur base d'arguments clairs, biens définis. Les partis ont une image lissée, comme les débats idéologiques, qui cèdent le pas à la démagogie et aux positions électoralistes. La démocratie nécessite pourtant le débat.

    Par ailleurs, on assiste à la perte de pouvoir du politique face aux enjeux économiques « qui le dépassent », comme on entend trop souvent dire.
    Les affaires qui font la une des journaux achèvent de ternir l’image du politique. Tout cela offre un terreau fertile aux slogans d’extrême-droite : « Tous pareils, tous pourris »

    piliers_1La laïcité évolue parallèlement. Des deux piliers de notre action, le politique prend le pas de plus en plus sur le philosophique, le Centre d'Action Laïque de la Province de Liège investissant principalement le premier, laissant le second traditionnellement aux comités locaux. Notre option laïque est cependant de défendre à tous niveaux, local et régional, les idéaux démocratiques en contribuant à redorer le blason du politique.

    Tant dans l’ancrage local des équipes de Seraing ou de Jupille que dans l’engagement des travailleurs dans les forums sociaux, dans les projets contre l’extrême-droite et pour la citoyenneté, dans les manifestations comme celles qui se tiendront lundi à l’occasion de l’installation des conseils communaux qui accueillent des élus d’ED (à Liège, Verviers et Dison), ils se situent pleinement dans le champs politique.

    Il est donc indispensable de se poser les questions fondamentales : comment nous situons-nous politiquement ? Quelles valeurs défendons-nous dans notre engagement ?

  • « Donnez-nous des armes »

    logo_ok_vivedemocratie_color_t6« Donnez-nous des armes » réclamait Paul Beliën, idéologue du Vlaams Belang, le 21 avril dernier sur son blog… Message reçu par cet adolescent, lecteur assidu de la prose « cyber-non éthique » des sites d’extrême droite, bercé de discours racistes et haineux serinés par ses parents et son entourage : en ce début du mois de mai, il passe à l’acte et massacre en pleine rue les incarnations à ses yeux des menaces qui planent sur l’Occident.

    Ce fait communément appelé « divers » malgré sa monstruosité nous rappelle le film de Michael Moor, « Bowling for Columbine », où d’autres adolescents empreints de la culture d’autodéfense armée, confortée sans doute par l’impérialisme guerrier de leur pays, vont prendre les armes achetées librement pour éliminer d’autres jeunes de leur école, au hasard de leurs rencontres.

    À Anvers, le choix des victimes est délibéré : les faciès qui ne correspondent pas à un idéal — qui relève du fétichisme — de race immaculée sont les cibles de la folie meurtrière de Hans Van Themsche.

    Après l’assassinat de Joe Van Holsbeek pour lui ravir son MP3, après l’agression commanditée d’un enseignant trop autoritaire aux yeux de deux de ses élèves, les symptômes des dysfonctionnements de la société pleuvent en ce moment et nous incitent à faire le point sur leurs origines.

    Le monde politique a tardé à prendre les décisions indispensables. La loi permettant de supprimer la dotation publique d’un parti ne respectant pas les droits de l’homme existe depuis 1999. Suivant des calculs et des stratégies électoralistes, son application a tardé en ce qui concerne le Vlaams Belang. De même, les propositions de loi réglementant sévèrement la vente et la possession d’armes sont restées lettres mortes pour des raisons liées semble-t-il aux freins activés par les lobbies des vendeurs d’armes. Et plutôt que de combattre avec force et conviction les discours populistes de l’extrême droite, certains partis injectent dans leur propre programme des thèses empruntées aux adversaires de la démocratie, donc à leurs ennemis !

    Le monde judiciaire tourne quant à lui en dérision les efforts fournis par les services de répression qui dans toute société ont pour fonction incontournable — même si elle doit être surveillée de près — de punir proportionnellement à la faute toute atteinte aux droits, à l’intégrité physique et aux intérêts des citoyens. Trop souvent, les agresseurs sont immédiatement relâchés par manque de place dans les maisons d’arrêt ou pour d’autres raisons inadmissibles, ce qui ruine tout l’effet attendu de la punition qui doit suivre logiquement chaque transgression de la règle sociale. Trop souvent, les appels à l’aide des victimes ou des personnes qui se sentent menacées sont ignorés, négligés par des forces de police qui se disent dépassées ou sont démotivées.

    L’éducation elle-même est en crise tant au sein de la famille que dans l’enseignement. Notre société de consommation n’offre en modèles à notre jeunesse que des valeurs liées à la possession de biens, à l’enrichissement personnel, aux plaisirs faciles et futiles, menant à l’égoïsme, au repli sur soi, à la peur et au rejet de l’autre, à la loi de la jungle, où survivre ne s’envisage que par la victoire du plus fort sur le plus faible.

    Mais où sont donc cachées et sauvegardées nos valeurs démocratiques, de solidarité, de bien-être collectif, de fraternité, de respect des libertés individuelles, d’égalité entre tous les êtres humains ? Quels remparts les abritent encore, quels vecteurs subsiste-t-il pour leur diffusion dans les esprits, les institutions, dans la culture du groupe, de la famille, de la société ?

    Le Centre d’Action Laïque de la Province de liège et ses associations fédérées n’ont pas attendu ces indices dramatiques pour agir. Depuis plusieurs années, les projets qui se développent sur l’ensemble du territoire, dans les écoles et auprès des publics adultes, contribuent au processus d’éducation, de sensibilisation, d’interpellation citoyenne vis-à-vis des instances politiques, des publics rencontrés au fil des actions, et de l’ensemble de la société civile. Les dynamiques enclenchées à Liège, Verviers et Waremme dans le cadre d’ « Osez la démocratie » prolongent et démultiplient les initiatives citoyennes menées en partenariat dans la Province de Liège. Les « Territoires de la Mémoire » dépassent même cet espace régional et sensibilisent l’ensemble de la Communauté française au devoir de vigilance face à l’intolérable courant de pensée antidémocratique.

    Que faire à ce stade ? Interdire les partis d’extrême droite ? Devons-nous susciter l’utilisation des armes liberticides pour supprimer ce chancre qui n’existe que par l’instrumentalisation des valeurs démocratiques ? Ne tombons pas dans le travers de ceux que nous combattons. Ne contribuons pas au développement des stratégies contraires à nos valeurs laïques dont la liberté constitue le pilier. Lors de son intervention devant les administrateurs et les travailleurs du CAL Province de Liège en janvier dernier, Jérôme Jamin nous proposait plutôt d’utiliser l’arsenal juridique, fruit des débats contradictoires inhérents à nos démocraties, pour contrôler et limiter le champ d’action des extrémismes dès qu’ils portent atteinte aux fondements de la démocratie. Il en faisait écho également à l’occasion du débat sur la RTBF le 14 mai dernier. Encore faut-il que ce cadre légal — comme la loi du 30 juillet 1981 tendant à punir l’incitation à la discrimination, à la haine ou à la violence à l’encontre des personnes ou des groupes en raison de leurs origines — soit activé sans retard et sans calcul opportuniste dès que la preuve est faite que l’on y contrevient.

    Les travailleurs du Centre d’Action Laïque et tous les volontaires de notre mouvement trouvent là leur responsabilité citoyenne. Ils ont fait la preuve de leur efficacité et de la force de leurs convictions. Ils sont devenus des partenaires incontournables dans la lutte contre les extrémismes, et dans les mobilisations de tous les démocrates pour garantir l’application légitime de la loi et des principes fondateurs de tous les acteurs responsables du bien-être de tous au sein de nos sociétés démocratiques, à savoir les pouvoirs législatif, judiciaire, les médias de service public, l’enseignement. L’associatif est une clef du système : il offre la possibilité d’exercer un contrôle sur ces pouvoirs, tout en garantissant par un cadre juridique son propre fonctionnement démocratique. Il constitue en outre un apprentissage de la démocratie pour ses membres, ainsi que leur formation afin d’acquérir toutes les capacités d’analyse, de réflexion, nécessaires à l’exercice de leur esprit critique.

    Ce sont là les armes que nous réclamons et que nous privilégierons encore dans l’ensemble de nos actions « pour que vive la démocratie », avec l’aide de tous nos partenaires et avec toute l’énergie que nous puisons dans nos valeurs humanistes.

  • Les règles de l’évolution

    darwinLes règles de l’évolution ont bien changé. Le Darwinisme, remis — erronément — en question dans certaines sociétés occidentales comme explication de la transformation de la nature, ne s’applique plus à notre monde humanisé, depuis l’apparition du premier outil créé par l’homo habilis. Ce qui distingue l’homme du monde animal est cette faculté qu’il possède à agir sur sa propre évolution. Dès l’utilisation de ces premiers outils, il a réussi à prolonger et améliorer ses capacités naturelles à agir sur le monde. Depuis la moitié du XXe siècle, il a donné la preuve qu’il possédait les outils de sa propre disparition. Hiroshima et Nagasaki l’ont expérimenté pendant plusieurs générations. Et aujourd’hui, en dressant la carte de son organisation génétique, il est à même de maîtriser sa propre mutation, sa procréation, en se passant du jeu sempiternel du hasard et de la nécessité qui a présidé au mécanisme de lente adaptation des éléments de la nature pour assurer leur survie.

    L’homme est donc capable du pire et du meilleur. Quel sera son choix ? Longtemps il lui fut dicté par les religions, car son immaturité ne lui permettait pas de fixer lui-même ses références de vie. Les religions n’ont certes pas disparu : elles ont, au contraire, tendance à refaire surface face à ce que Max Weber a appelé le « désenchantement du monde » provoqué par la lutte de la rationalité contre le dogmatisme. Si les dieux ne nous indiquent plus le bien et le mal, qui va nous proposer les valeurs qui fonderont notre évolution ?

    C’est là qu’apparaît l’humanisme qui remplace les injonctions fondées sur des finalités surnaturelles par des valeurs centrées sur l’homme. Mais ces valeurs ne sont plus imposées par la force. Elles impliquent une responsabilité personnelle, et donc une maturité à laquelle l’humanité n’est pas préparée car l’homme a aussi agi sur le rythme de l’évolution. Les siècles, les millénaires qui étaient nécessaires à la transformation de la nature prennent dans notre monde humanisé à peine quelques années. L’accélération exponentielle de sa mutation technologique n’a pas laissé le temps nécessaire à l’adaptation des cadres de référence, et nous sommes confrontés à un vide quant aux finalités de ce développement. Nous en revenons à une forme nouvelle de la loi de la jungle, où le plus fort, le mieux adapté donc, règne en maître sur les plus faibles. L’outil de survie actuel est l’argent, que l’on se dispute comme les produits primordiaux de la planète que sont l’oxygène, l’eau, le pétrole et toutes les matières premières.

    Certains cependant tentent de reconstruire un monde humain sur des valeurs positives, basées sur le bien commun, S’il n’existe plus de Loi surnaturelle pour nous montrer la voie de notre salut, il convient d’y substituer les valeurs humanistes. Cette tâche constitue tout le fondement de la laïcité, pour plus de liberté, d’égalité et de fraternité dans le monde.

    Les associations laïques contribuent à cette reconstruction du monde et à substituer aux lois de l’ « éternel hier », des valeurs progressives et solidaires. Les élections communales viennent de nous donner l’occasion de faire entendre notre voix — au propre comme au figuré — pour que ceux qui ont décidé d’agir sur le monde en s’engageant dans les rouages de la démocratie sachent que les citoyens attendent d’autres choix que ceux qui nous sont imposés par des enjeux internationaux d’évolution économique. Et la réponse que nous soumettons aux interpellations fondées de ceux qui souffrent de la loi du plus fort ne passe pas par la violence des extrémismes. Elle fait appel à la responsabilité de l’humain, quelle que soit la place qu’il occupe dans la société, du simple citoyen, véritable premier niveau de la démocratie, aux acteurs politiques, qui détiennent un mandat de leurs concitoyens, jusqu’aux détenteurs du pouvoir dominant, financier, qui ne peuvent se revendiquer d’aucun mandat, sinon celui de leur propre bien-être.

  • Livres et démocratie

    chiroux-lightLes médias sont devenus l’outil social universel. Ils font la perception du monde, et donc détiennent en cela le pouvoir d’imposer une représentation de la réalité en fonction des choix qui président au programme des actualités ou des magazines proposés sur antenne. Or quels sont les éléments déterminants qui conditionnent ces choix ? Ce sont ceux qui influent sur l’audimat.

    Sur le plan politique, nous dénonçons les décisions dictées parfois par des visées électoralistes à court terme et non basées sur des choix responsables privilégiant des conditions d’un développement durable. Nous dénonçons parallèlement cette autre déviance qui a tendance à s’étendre maintenant à l’ensemble du monde des médias, privés et publics, et qui se traduit par une course à la rentabilité de la minute d’antenne concédée à la publicité, proportionnelle au nombre de spectateurs branchés sur un programme quelconque.

    Et que demande les spectateurs ? Sans doute des sujets très diversifiés, mais la loi de l’audimat étouffe les nuances et privilégie la demande de la majorité des consommateurs : une information qui détonne sur le quotidien, de la violence, du sang, de la misère, des scandales, de la truculence, du juteux… Ce sont les jeux du cirque modernes, là où jadis les esclaves s’affrontaient et affrontaient des fauves pour garantir les frissons du peuple assemblé, friand de sanglants divertissements.

    La presse écrite suit majoritairement ce mouvement. Les titres accrocheurs, les photos sensationnelles font la une, pour déclancher le reflex d’achat du passant, ou simplement correspondre à la demande de scandales, d’images chocs qui offrent à une majorité d’abonnés la dose quotidienne d’émotions et d’adrénaline que réclame leur état de dépendance.

    Notre réalité est donc travestie par des images racoleuses, qui envahissent notre quotidien, et transforment notre vision du monde en occultant son fonctionnement réel, qui ne fait pas recette, en négligeant les faits et gestes positifs au sein de la société, ou les dénonciations habituelles de ses dysfonctionnements qui ne sont plus des évènements et ne méritent donc plus une présence déterminante à l’antenne. Les médias sont donc devenus les chambres d’échos des ruptures de la société, et non plus les témoins fidèles de son cours réel.

    Le livre offre cependant une alternative positive à ce marché médiatique mondialisé, même si celui-ci interfère aussi avec la fonction citoyenne du livre. Le marketing et les exigences de rentabilité des diffuseurs internationaux font apparaître sur le marché de plus en plus de produits qui offrent les mêmes caractéristiques racoleuses que certaines émissions évoquées précédemment. Mais au moins, le choix s’exerce au moment où l’on saisit le livre dans un rayon — à moins qu’on ne le clique sur un site de vente par internet —, contrairement à la télévision où le programme est imposé. Bien que l’on commence à évoquer la possibilité d’une distribution d’émissions aux choix du téléspectateur en fonction de ses préférences et de ses disponibilités.

    Les critères de choix des émissions et des livres doivent cependant être maîtrisés par les citoyens, qui doivent détenir les codes du langage audiovisuel et posséder les éléments qui guideront leur main vers le livre qui leur conviennent. Et cette éducation à ce pouvoir de discrimination entre le média et le simple produit doit commencer dès l’école, et continuer ensuite par la contribution de l’éducation permanente. Les associations sont des partenaires , des alliés de la cause des libraires, des bibliothécaires, des journalistes. Tous nous devons contribuer à élaborer une stratégie qui opposera des valeurs citoyennes aux visées mercantiles de certaines maisons de diffusion.

    L’enjeu est de taille, les régimes antidémocratiques l’ont bien compris, eux qui dans les premiers actes posés lorsqu’ils arrivent au pouvoir imposent les livres qui chantent les louanges du passé, du conservatisme, et font disparaître des bibliothèques les ouvrages qui incitent à l’esprit critique, à l’analyse, à la revendication, au changement, à l’évolution de la société. Les autodafés sont remplacés aujourd’hui par le pilon imposé par les critères de rentabilité et par les choix culturels conservateurs des partis extrémistes.

    En conclusion, je réitère mon appel à une collaboration rapprochée entre les bibliothécaires, les libraires, les journalistes, les auteurs et les mouvements citoyens pour assurer la sauvegarde des outils indispensables, fondamentaux pour développer l’esprit critique, permettre la révolte quand elle se justifie, former, informer, concerner le citoyen et alimenter son action en lui apportant les arguments, les référents nécessaires à l’exercice de la fonction qui est la sienne : le contrôle, la vigilance, le suivi attentif du projet de société démocratique qui est le nôtre. Une société d’hommes et de femmes libres, responsables, actifs, critiques, solidaires.

  • DE LA HAINE

    spinoza« Tout ce qui est dans la nature, nous devons le transformer en quelque chose de meilleur » . Spinoza exprime ainsi le sens de l’existence de l’Homme sur Terre. Certes, l’Homme ne produit pas que des outils ou des actes contribuant à l’amélioration de la nature et de l’humanité. Cependant, l’intelligence acquise par l’être humain au fil des millénaires qu’a nécessités son évolution lui a ouvert la capacité d’agir sur son environnement afin d’améliorer les chances de survie de ce dernier et de contribuer, par un processus de complexification toujours plus élaboré, à l’évolution positive de la vie sur la planète. Toute amélioration passe par cette évolution positive, jamais par une régression des acquis dans les domaines de la connaissance, de la pensée, de la technologie, de la science.

    Nombreux sont les obstacles qui se dressent sur le chemin de cette évolution. Les religions constituèrent et demeurent des freins aux avancées de l’Homme. Sans cesse, elles ont contribué à retarder le changement qu’elles jugent néfaste à la société qu’elles souhaitent forger et figer sur des référents immuables.

    La droite, et surtout la droite extrême, ont incarné au sein des sociétés cette tendance à l’immobilisme, chantant les louanges du passé.

    La laïcité lutte contre ces courants d’un même front, afin que la sphère d’influence des religions ne dépasse pas le cadre de la pensée individuelle, n’interfère pas avec la société civile. La lutte contre l’extrême droite constitue donc tout naturellement le deuxième axe de l’action laïque, humaniste, sur le chemin du progrès.

    Mais quelle stratégie adopter, quel objectif se fixer pour remplir notre mission naturelle d’amélioration de notre univers ?

    « Puisqu’un homme parfait est la meilleure chose que nous connaissons…, le mieux pour nous tous et pour chacun est de toujours nous efforcer de conduire les hommes à cette perfection. »

    Le perfectionnement des individus passe par des rapports égalitaires, solidaires, positifs entre eux. Un Homme parfait ne peut exister que dans une société idéale, sans doute inaccessible, mais qui constitue un but incontournable. Sur cette voie, une seule alternative nous est proposée : l’amour ou la haine. Or, « la haine et l’aversion ont en elles autant d’imperfection que l’amour a de perfection ; car l’amour toujours rend meilleur, fortifie et accroît, ce qui est perfection ; tandis que la haine toujours ravage, rend faible et anéantit, ce qui est l’imperfection même. »

    Voilà pourquoi la laïcité a choisi de privilégier l’amour du prochain, la fraternité humaine, la solidarité et l’égalité, plutôt que le rejet de l’autre, de sa différence. Voilà pourquoi nous avons décidé de dénoncer et combattre les atteintes à la liberté de pensée, au progrès de l’humanité. Que la haine, l’exclusion, l’idéologie rampante du conservatisme qui mine notre société « soient à jamais nos esclaves soumis », pour s'inspirer du poême If, qui nous est cher. Tel est l’engagement du citoyen laïque, et de tout le mouvement humaniste — authentique — à quelque niveau que ce soit.

    Les citations sont de Spinoza, extraites du « Court traité », chapitre VI : « De la haine »